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 TOMASZ GUDZOWATY  

LES CASSEURS DE CHITTAGONG



Au début il y eut le hasard. Un jour d'octobre 1960, le cyclone déchaîné au dessus de la baie du Bengal fit echouer un tankeur sur la plage près de Chittagong, le port le plus important du Pakistan Oriental. Le renflouement du navire s'avéra impossible, aussi l'armateur préféra oublier son gênant fardeau. Du bateau abandonné se sont aussitôt amparés les habitants de la région toujours à l'affût des moyens de survie. Tout d'abord, ils ont vidé les cales et les entrepôts, puis ils ont démonté les équipements et l'appareillage pour s'attaquer à la fin à la découpe du pont et du bordé. C'est ainsi que morceau après morceau, le bateau finit par être vendu aux ferailleurs. En quelques mois, il ne resta aucune trace de l'énorme récif d'acier. Toutefois, l'idée que cette opportunité pouvait constituer un moyen de subsistance germa dans les esprits et finit, avec le temps, par transformer la belle plage en un des plus grands chantiers navals spécialisés dans le démontage des navires émerites.
Les ouvriers habitent dans l'enceinte du chantier, dans des baraquements privés d'eau et d'électricité mais ils jouissent d'une relative sécurité. Ils travaillent sans vêtements de protection et soulèvent des poids dépassant toutes les normes autorisées, ils manipulent les chalumeaux sans que leurs yeux soient protégés par des verres fumés, ils respirent la poussière d'amiante. Un ouvrier peut tenir, dans ces conditions, à peine quelques années. Il doit s'en aller lorsque sa santé est irrémédiablement atteinte, sans indemnités ni espoir d'une quelconque retraite. Les ouvriers des chantiers supportent leur sort avec une dignité et une sérénité qui éveillent l'admiration. Du fruit de leur travail dépend le plus souvent l'avenir de toute une famille.

 
 

3 La Tour du Connétable

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©Tomasz Gudzowaty/Focus/Cosmos